Saint Charbel - Un homme ivre de Dieu

Première Partie

En ce matin de Noël 1898, un modeste cortège de moines et de laïcs quitte l’Ermitage des Saints Pierre et Paul. A travers une neige épaisse, au prix de grands efforts, car ils portent sur une civière la dépouille d’un vieux solitaire, ils se frayent un sentier jusqu’au couvent.
Un vent glacial permet, par moments, de découvrir à contre-jour, les traits émaciés du défunt qui exhalent une angélique douceur en même temps qu’une imposante majesté. Les mains sont refermées sur un rustique crucifix et sur un pauvre chapelet. La civière est formée de quelques planches sans prétention. Emmitouflés et bâtons en mains, les porteurs font entendre la douce psalmodie syriaque de l’office funèbre.
Un prêtre encense le corps. Le Père Makarios, compagnon d’ermitage, suit, accablé de douleur. Sur le passage, des femmes, bandes noires sur le front, en signe de deuil, s’agenouillent et prient. Au loin une cloche sonne le glas. On approche du Monastère de Saint Maroun d’Annaya. De-ci de-là, quelques paysans apparaissent et se signent. Certains tendent les mains, soit pour relayer les porteurs, soit pour tenter de toucher dévotement la civière ou la bure du défunt.
Devant le monastère, des moines de tout âge attendent l’arrivée du funèbre cortège en récitant le chapelet. Parvenu à la porte de l’église, le chœur se trouve renforcé des voix de toute la communauté. Le chant est empreint d’une primitive et touchante simplicité.
Le glas s’éteint lentement et la cérémonie se poursuit dans le silence que troublent seulement les pas feutrés des assistants. On dépose le corps dans la nef, sur une table couverte d’un drap mortuaire. Après avoir à tour de rôle, baisé la main du prêtre défunt exposé dans son simple habit religieux, la petite foule se retire. Il ne reste plus dans la chapelle que quatre cierges éclairant deux tableaux : celui du catafalque et celui de la crèche.

Qui est ce moine ?

Le soir de ce jour de Noël, dans le bureau du Père Supérieur les moines sont réunis pour les condoléances. Dans la cheminée brûlent de grosses bûches jetant des lueurs changeantes sur les visages graves de la communauté.
Après le départ, le Supérieur allume la lampe à huile. Il s’installe à son bureau et se recueille. Son visage exprime une sorte de solennité prophétique. Il prend le diaire du couvent, l’ouvre, tourne les pages, puis avec sa plume de roseau, il note ce qui suit :

« Le 24 décembre 1898 le Père Charbel, de Biqa-Kafra, ermite, frappé de paralysie, munie des derniers sacrements, est rappelé au sein de Dieu à l’âge de 70 ans. Il a été enterré dans le cimetière de la communauté, sous le supériorat du Père Antoine Michmichani. Ce qu’il accomplira après sa mort me dispense de donner plus de détails sur sa vie. Fidèle à ses vœux, d’une obéissance exemplaire, sa conduite fut plus angélique qu’humaine. »

Lumière dans l’église

Dans l’ombre des couloirs du monastère, une silhouette s’avance à tâtons vers la chapelle. Lorsqu’elle ouvre la porte, la lumière des cierges qui brûlent devant le corps de l’ermite, et près de la Crèche, éclaire son visage. C’est un Frère qui vient, vers minuit, selon sa coutume, visiter le Saint Sacrement.
Ni la nuit profonde ni la pensée de la mort ne troublent la sérénité de son âme recueillie. Il se met à genoux et se prosterne en une fervente adoration. Soudain ses yeux sont frappés par une lumière qui vient du Tabernacle et semble caresser le visage du défunt. Cette étrange lueur vacille doucement donne au Frère Elie l’impression que le cadavre s’anime !... Justement surpris, il se lève et sort, ne comprenant ce qui arrive. Il court frapper à la porte du Père Supérieur. Dès que celui-ci, brusquement réveillé, ouvre, le Frère s’écrie :
  • - Oh ! mon Père !
  • - Qu’avez-vous, mon Frère ! Qu’est-ce qui vous arrive ?
  • - Père, poursuit le Frère, il se passe une chose étrange à la chapelle : une lueur sort du Tabernacle et inonde la figure de l’ermite !
  • - Bien ! bien…, mon enfant, répond le Supérieur avec un sourire embarrassé. Remettez-vous ! Vous étiez fatigué…, vous avez dû vous endormir… et vous avez rêvé, peut-être !...
  • - Je vous assure mon Père…
  • - Allez, coupe le Supérieur, allez plutôt sonner les cloches. Il est minuit, c’est l’heure de l’Office du Second jour de Noël…
Le Frère s’exécute Mais les cloches, au lieu de sonner à toute volée pour la grande fête, tintent bien malgré lui, un long glas mystérieux ! Sous la neige et la nuit, le monastère s’éveille. Un quart d’heure plus tard, a travers les corridors, des ombres encapuchonnées se hâtent, une lanterne à la main, vers la chapelle.
Deux à deux les moines s’avancent de part et d’autre du catafalque et gagnent leurs places dans le chœur, face à la Crèche. Le chant de l’office commence, tout embaumé d’encens tandis que dehors, dans la nuit profonde, les éclairs et le tonnerre sont déchainés.

Les fossoyeurs

La nuit touche à sa fin, mais il fait encore sombre. Deux hommes, un moine à la grande barbe grise et un laïc aux grosses moustaches préparent la tombe. C’est une sorte de caveau qui sert de nécropole à la communauté. Construit en pierre, il est recouvert de terre battue et on pénètre à l’intérieur par une sorte d’ouverture voûtée. Il est contigu à l’église du monastère, sur la face Est.
Il mesure 2,30m de large sur 2,65m de long et 1,40m de hauteur. Il est à flanc de coteau de sorte qu’à la fonte des neiges et en période de pluies l’eau y pénètre sans obstacle !
Nos deux fossoyeurs déposent respectueusement dans une sorte de fosse commune les ossements qu’ils découvrent.
Un crâne en main, le moine dit à son compagnon de travail :
  • - Regardez un peu…
  • - Père, c’est donc ainsi que tout homme doit finir !
  • - En effet, mon ami, car le Seigneur nous l’enseigne :
    « Le grain de blé ne germe que s’il meurt ! »
  • - Ne trouvez-vous pas, mon Père, que le moine que nous allons ensevelir ici a fait une mort sainte, digne de sa vie édifiante ?
  • - Bien sûr, mon ami, celui-là a réussi sa mort comme sa vie ! Et maintenant il sait ce que valent nos peines et nos pauvres joies... Il connaît la profondeur de nos misères, mais, comme nous l’enseigne saint Paul, nos misères ne sont point sans espérance, car nous croyons en Jésus-Christ qui est la résurrection et la vie ! C’est là notre consolation et notre espérance !
La sépulture

Le matin du second jour de Noël, d’une manière simple mais au combien touchante, eurent lieu les obsèques de l’ermite. L’office funèbre terminé, le corps au visage découvert, selon la tradition monacale, est porté par les moines à sa dernière demeure, tandis que le glas se fait plus déchirant et que la psalmodie maronite implore la miséricorde céleste.
Devinant qu’elle vient de perdre un saint, la foule est accourue. Certains sont à genoux dans la neige, d’autres pleurent, tous se signent avec piété. Lentement donc le cortège s’achemine vers le cimetière. On dépose là le corps de l’ermite, sans cercueil, enveloppé seulement de sa pauvre soutane. Certains auraient voulu une inhumation spéciale… Mais la Règle de l’Ordre n’admet point d’exceptions. Le Père Charbel va dormir son dernier repos comme ses frères en religion.
Deux planches posées sur des pierres écartent du sol boueux le corps du pieux solitaire. Hélas ! L’eau de pluie qui suinte de la terrasse ne va pas tarder à opérer son œuvre destructrice. On referme le caveau avec une grosse pierre qu’on cimente avec du mortier. Une dernière fois on encense la tombe et on l’asperge d’eau bénite.
C’est là, près du mur de la chapelle, la tête à moins de deux mètres de l’autel où est célébrée quotidiennement le Saint Sacrifice, ce sacrifice dont il avait fait le centre de sa vie. Par-delà la mort, le Père Charbel doit éprouver une joie tous les jours renouvelée !
La foule s’est retirée lentement, priant et répétant comme un refrain : Heureux est-il, C’est un saint !...

Les phénomènes lumineux

Quelques semaines plus tard, un groupe de paysans, respectueux mais un peu exaltés, attendent au parloir du monastère. Le Père Supérieur les reçoit.
« Oui, mon Père, dit Georges Emmanuel, cette nuit encore nous avons vu une lueur extraordinaire planer au-dessus du tombeau du Père Charbel. Je l’ai vu moi-même plusieurs fois, atteste à son tour Miladé. D’ailleurs, de ma maison située en face du couvent, tout le monde peut la voir. Je l’ai vue moi aussi, déclare à son tour Pierre Sleiman. Ma maison regarde le couvent. Il ne saurait y avoir d’erreur ! »
Tous les autres paysans réunis là approuvèrent ces déclarations extraordinaires. Ils attestent avoir perçu cette lumière à diverses reprises et depuis plusieurs semaines ce phénomènes dure !
Le Supérieur qui écoute ces témoins ne dit mot. Il est convaincu de la sainteté de son ermite. Mais faut-il ajouter foi aux racontars de ces hommes naïfs et simples ?
D’un geste mesuré il apaise les esprits, puis gravement, il s’adresse à ses interlocuteurs :
« Voyons, mes enfants, il se peut que ce que vous dites soit vrai. Mais moi, je vous l’avoue franchement, si je ne vois pas moi-même cette lumière, je ne pourrai pas vous croire. Quand ce soir, vous la reverrez, faites-moi signe, d’un coup de fusil par exemple, et j’irai constater avec vous la chose que vous soutenez. »
Et il ajoute en souriant :
« Voyez-vous, Thomas ne croit que lorsqu’il touche la vérité avec ses doigts ! »

Un témoin musulman

C’est la nuit. Quatre cavaliers sous la conduite d’un chef musulman, préfet de la région, frappent à la porte du monastère. Le frère Elie, va ouvrir.
« Police ! déclare le chef. »
« Nous sommes à la recherche d’un criminel et il doit être caché ici. »
Ils sont introduits dans le salon. Le Père Supérieur arrive et les salue.
« Nous poursuivons un assassin, répète le chef. Et comme nous avons observé une grande lumière tout près de votre monastère, nous sommes venus ici. A notre arrivée tout a disparu. Qu’est-ce que cela signifie ? »
Le Supérieur, comme s’il se parlait à lui-même :
« Encore cette lumière! C’est vraiment étrange... »
Puis, s’adressant aux gendarmes :
« Le couvre-feu a lieu dans notre maison à 9 heures précises du soir. Or il est presque minuit! Je ne comprends absolument rien à cette lumière dont vous me parlez ! »
Juste à ce moment, les paysans revoient la lueur. Et, comme convenu, ils tirent un coup de fusil.
  • - Le criminel! s’écrie le policier
  • - Le signe! reprend le Supérieur…
Tous sortent précipitamment et un spectacle inaccoutumé les attend. Une lumière miraculeuse brille sur le tombeau du Père Charbel. Tous restent comme figés sur place. Mais voici que des lèvres du Supérieur un mot s’envole qui déchire le silence :
« Il n’y a pas de doute, le Père Charbel est un saint! Dieu soit loué! »
Le préfet soupçonne qu’il y a là quelque mystère qu’il tient à élucider.
Quel est ce "wali" (ami de Dieu) qui est enterré ici ?
  • - Ouvrez-moi ce tombeau, clame-t-il.
  • - Nous regrettons, Excellence, nous ne pouvons toucher à rien sans l’autorisation de Sa Béatitude, le Patriarche Maronite.
  • - Le Patriarche! C’est bon, continue le préfet, j’irai moi-même de ce pas le prévenir!
L’ouverture du tombeau

L’apparition si fréquente de la lumière, comme aussi l’enthousiasme des fidèles dont la piété ne tendait à rien de moins que dérober les restes du Père Charbel, déterminèrent le Supérieur et ses religieux à procéder à l’ouverture du tombeau. L’opération terminée, le corps du pieux ermite apparut intact, malgré l’eau et la boue qui le submergeaient en partie. On referma le tombeau après ces premières constatations et le Supérieur du couvent alla rapporter les faits au Père Général de l’Ordre et à Sa Béatitude, sollicitant leur autorisation pour l’ouverture canonique de la tombe et le transfert du corps de l’ermite dans une sépulture plus honorable.
Craignant d’abord que le relèvement du corps ne donne lieu à un culte public, interdit par les constitutions ecclésiastiques, le Patriarche refusa l’autorisation et formula des ordres pour que toutes précautions soient prises afin d’empêcher l’eau et la boue d’envahir la sépulture. Mais il se rendit bientôt compte qu’il valait mieux pour éviter quelque pieux enlèvement de la part des fidèles de permettre l’exhumation. Le corps serait alors déposé dans un cercueil parfaitement clos et placé dans un lieu secret, ce qui préviendrait tout culte public.
Ainsi, quatre mois à peine après les funérailles du Père Charbel, en présence de dix témoins religieux et laïcs, et conformément aux recommandations patriarcales, le tombeau fut ouvert. C’était le samedi 15 avril 1899.
Les sept témoins qui purent pénétrer dans le caveau, d’abord pour étendre le corps sur des planches, ensuite pour le sortir, rendirent sous la foi du serment devant la Commission Ecclésiastique et après un interrogatoire séparé, un témoignage officiel sur l’état de conservation du corps.

L’état du tombeau et du corps

Les témoins sont unanimes à attester ce qui suit :
L’eau de pluie, pénétrant à travers la terrasse en terre et les murs non étanches, avait raviné le cimetière et fait du tombeau un cloaque boueux. Et le corps ? Il gisait dans cette boue tandis que l’eau dégouttait spécialement sur la figure découverte. Cependant, débarrassé de la moisissure qui le recouvrait, le corps se trouvait intact dans tous ses membres, élastique, souple, tel un corps vivant. La peau gardait sa fraîcheur, les muscles leur flexibilité. Pas un poil de sa barbe, par un cheveu de sa tête n’était tombé.
Le Père Joseph Younes atteste que :
« Les mains étaient posées sur la poitrine, tenant le crucifix : le corps tendre, frais, souple ; sur le visage et les mains, une certaine moisissure, le visage et les mains apparurent comme ceux d’un homme endormi. Du sang rouge mêlé d’eau coula de son côté. »
Le Père Elie Abi-Ramia, vivant au monastère, écrit :
« Le corps était souple, élastique, suintant du sang frais, sans aucune trace de corruption, comme si l’on venait à l’instant même de le mettre en terre. »
Avec plus ou moins de détails, de nombreux autres témoins ont atteste le même fait…
On changea les linges. Revêtu de ces nouveaux habits, on déposa le corps de l’ermite dans un cercueil découvert, dans la chapelle du couvent ou il passa la nuit du samedi 15 avril 1899.
Le lendemain matin, suivant l’ordre du Patriarche, on transporta le corps, pour le dérober au culte des pieux fidèles, dans un dépôt provisoire qu’on appelait « Al Manbach » situé dans le coin supérieur du mur de l’église. Ce lieu réservé aux vieux objets du culte et même au charbon ne pouvait être mieux choisi pour égarer les recherches des pieux dévots. On y accédait d’ailleurs par un escalier de pierre pratiqué à l’intérieur même du mur. Tout semblait donc devoir rentrer définitivement dans l’ordre.
Il est important de signaler ici que toutes les études possibles ont été faites pour tenter de découvrir la cause naturelle qui expliquerait la conservation du corps du Père Charbel. Toutes se sont révélées infructueuses.
Depuis la fondation de monastère, on a enterré dans le même caveau, avant le Père Charbel, 32 moines et ermites. Le dernier fut le Père Elie, un des Supérieurs de la maison, en date du 12 février 1897, neuf mois et 28 jours avant la sépulture de notre ermite. Vingt religieux ont été par la suite enterrés dans le même lieu. La corruption n’en a épargné aucun.
Seul le corps du Père Charbel est resté intact. Il menait pourtant la même vie érémitique et recevait la même nourriture que les autres pieux ermites et moines morts en odeur de sainteté. Seul le corps du Père Charbel devait échapper à la loi générale. Bien mieux, de ce cadavre qui a conservé toutes les qualités des corps vivants, s’échappe une étrange sueur sanguinolente, unique en son genre dans l’histoire de l’Eglise et peut-être dans celle de la médecine.

Le prodige de la sudation

Le corps de l’ermite ne devait pas rester longtemps dans sa dernière sépulture. Une certaine odeur s’en dégageait qui pouvait non seulement gêner les moines en prière, mais surtout risquait de trahir la présence du corps et attirer une fois encore l’attention des fidèles. C’est justement ce qu’il fallait éviter.
D’autre part cette exsudation permanente du corps coulait tout au long de l’escalier. On était ainsi en présence de deux problèmes au lieu d’un : d’une part on devait continuer à dérober le corps à la vénération publique et d’autre part il fallait arrêter ou tout au moins dissimuler le suintement du liquide rougeâtre…
Le premier problème s’avérait relativement facile à résoudre, mais le deuxième posait une énigme tant à l’ingéniosité de l’économe du monastère, qu’à la médecine qui par les moyens naturels les plus extravagants et les plus bizarres cherchait une solution.
On exhuma donc à nouveau le corps après un mois seulement. Mais où le déposer ? Ecoutons ce témoignage rendu par le Père Kfoury lui-même, en présence de la Commission Canonique, le 5 octobre 1926 :
« Trois jours après mon arrivée, je fis descendre le corps du caveau et je le déposai dans une cellule au nord du monastère. De là, pendant la nuit, je transportai le corps, aidé d’un moine, et je le déposai sur la terrasse, l’exposant largement à l’air pour dessécher le sang qui coulait de son dos et de son côté. Ce sang était si abondant que je dus envelopper le corps dans deux draps blancs et les changer tous les jours, tellement ce liquide mystérieux les imprégnait ! Je voyais le corps transpirer par tous ses pores ! Je poursuivis cette exposition du corps durant près de quatre mois, sans aucun changement dans la sudation ! »
Ainsi donc, rien n’était résolu quant à ce curieux phénomène. Le Père Kfoury continue en effet :
« Comme je trouvai qu’après quatre mois d’exposition sur la terrasse rien n’avait changé du problème et que tous les jours j’avais deux nouveaux draps humectés de sang, je pensai que l’ablation des viscères abdominaux réussirait mieux, je chargeai Saba Moussa de procéder à l’opération. Il ouvrit le cadavre et en retira l’estomac et les entrailles dont l’apparence était celle d’un être vivant. »
Cette lugubre intervention s’avéra parfaitement inutile : le corps continua à transpirer comme par le passé !
Au Mois de mai 1901, comme les fidèles affluaient de toutes parts auprès du tombeau de l’ermite et sollicitaient instamment la faveur de voir le corps, l’autorité ecclésiastique permit aux moines de le déposer hors du cloître, dans un petit parloir, situé à droite de l’entrée principale du monastère. On le disposa debout, dans un placard vitré. Les visiteurs pouvaient ainsi le voir, sous la surveillance attentive du Père Kfoury.
Ce n’était pas sans raison que celui-ci avait donné cette pose, si peu naturelle pour un mort, au serviteur de Dieu. Il pensait que le liquide pourrait de la sorte couler le long du corps et être retenu par des draps et qu’il serait ainsi dispensé de lui changer le linge tous les jours. Mais les moines trouvèrent cette pose ridicule ! Ils remirent donc le corps dans le vieux cercueil qui, plus tard en 1909, sera remplacé par une chasse offerte par le Dr Choukralla. Le corps y restera jusqu’au 24 juillet 1927. Durant cette période de dix-sept ans, le liquide mystérieux ne cessera de s’épancher. La réputation de sainteté du Père Charbel débordera largement les frontières du couvent, et les foules croissantes de fidèles viendront l’invoquer tandis que les médecins tenteront sur le corps des examens variés.

La médecine face au corps du Père Charbel

Faudra-t-il que ce phénomène de conservation et de transsudation du corps, contraire aux lois de la nature, mette au défi toutes les astuces de médecins réputés de Beyrouth et d’ailleurs ? Ils n’ont pourtant pas cessé d’observer minutieusement et à maintes reprises ce corps à la fois mort et vivant.
La Commission Ecclésiastique du 16 octobre 1926 mena un interrogatoire serré sur les examens médicaux auxquels avait été soumis le corps de l’ermite d’Annaya.
Le Supérieur du monastère attesta devant cette Commission :
« Trois médecins diplômés ont examiné le corps pendant mon supériorat… Aucun n’a pu expliquer ce fait naturellement. »
Le Dr Khoury crut avoir percé le mystère et découvert le secret infaillible afin d’arrêter le liquide sanglant et de soumettre à une épreuve décisive la miraculeuse conservation du corps. On replaça le corps dans un placard, debout. On enveloppa ses pieds de chaux vive. C’en était assez, et pour absorber le liquide, et pour décomposer les membres !... L’expérience se révéla aussi vaine que toutes les autres. L’état du corps demeura inchangé. Ce docteur, chrétien mais non pratiquant, fit alors la déclaration suivante :
« Je constate que ce corps est conservé par une puissance que ne peuvent atteindre les connaissances scientifiques naturelles. Il n’y a pas de doute que la sainteté du Père Charbel y est pour beaucoup… »
A son tour le Dr Onaïssy déclare :
« J’ai examiné, au couvent d’Annaya, le corps du serviteur de Dieu, le Père Charbel. J’ai senti une odeur pareille à celle qui émane naturellement des corps vivants. J’ai observé attentivement ce cadavre et remarqué que ses pores livrent passage à une matière ressemblant à la sueur : chose étrange et inexplicable selon les lois de la nature pour ce corps inanimé depuis tant d’années. J’ai maintes fois recommencé le même examen, à des époques différentes : le phénomène a toujours été le même. »
Le Dr. Choucralla, l’un des plus célèbres médecins du Liban, qui au cours de dix-sept années, examina le corps une trentaine de fois, certifie :
« Après avoir examiné à diverses reprises ce corps intact, j’ai toujours été étonné de son état de conservation et surtout de ce liquide rougeâtre qu’il suinte. J’ai même consulté de bons médecins de Beyrouth et d’Europe lors de mes nombreux voyages. Personne n’a pu expliquer ce fait. C’est un phénomène si unique qu’aucun médecin n’en a jamais enregistré de pareil. Je ne me lasse point de rechercher si jamais dans le monde un corps a été conservé comme celui-là. »
Puis l’éminent médecin nous suggère cette réflexion toute mathématique :
« Supposons que ce liquide ne pèse que 3 grammes par jour, en moyenne. Cela fait, en 66 ans, 72 kg environ, une quantité qui aurait largement dépassé le poids total du mince corps de l’ermite ! Le moins de donne pas le plus ! Voici mon opinion personnelle, basée sur l’étude et l’expérience : ce corps est conservé par une puissance surnaturelle.»
Ainsi, tous les témoignages et toutes les enquêtes ont montré que la conservation du corps d’une part, et la sueur sanguinolente continuelle d’autre part, sont deux faits qui dépassent les lois de la nature...
Ne serait-ce pas un signe de la complaisance divine qui veut récompenser la fidélité héroïque du Père Charbel, et se glorifier par lui à travers le monde et l’histoire ?

La cause de béatification

En raison de la persistance de ses faits, les Supérieurs du pieux moine décidèrent d’introduire en cour de Rome la cause de béatification du Père Charbel en même temps que celle de deux autres membres de l’Ordre, le Père Hardini, maître spirituel de Père Charbel, et de la religieuse Rafka.
Le Supérieur Général s’en alla à Rome, en 1925 et sollicita de Sa Sainteté le Pape Pie XI l’ouverture du procès de ces trois membres de son Ordre.
Le Saint-Père daigna accueillir favorablement cette demande et ordonna de procéder à l’enquête canonique concernant la sainteté et les miracles attribués aux trois serviteurs de Dieu. Il revenait au Patriarche d’assumer cette responsabilité et de procéder à l’enquête conformément au Code.
Une Commission fut constituée, qui se réunit pour la première fois le 4 mai 1926. Il fut décidé d’opérer une nouvelle translation du corps afin qu’il ne soit pas l’objet d’une vénération publique, non autorisée avant la décision de Rome.
Le Dimanche 24 juillet 1927, le corps du Père Charbel fut exhumé à nouveau, en présence d’une foule immense, revêtu des habits sacerdotaux et la tête recouverte du capuchon monastique. On donna lecture d’un rapport sur la vie, la mort et deux exhumations du serviteur de Dieu. Il fut fait allusion à l’introduction éventuelle de la cause de béatification.
Le corps fut placé dans un nouveau cercueil, en bois, et enfermé dans un deuxième cercueil en zinc. Le cachet de la Commission qui le scellait fut apposé sur un ruban blanc.
On plaça alors le double cercueil dans un nouveau tombeau préparé dans le mur de la crypte. Deux pierres le séparaient du contact avec le sol. Un cimentage minutieux en assurait la garde. Une épitaphe rappelait les dates importantes de la vie de Charbel, depuis sa naissance jusqu’à ce jour.

La grande exhumation de 1950

L’année 1950 était celle de l’Année Sainte et les fidèles étaient accourus nombreux pour prier dans l’oratoire contigu au tombeau du Père Charbel afin d’obtenir par l’intercession si efficace du « saint » moine, aide et protection. Ils remarquèrent un jour que le mur du tombeau était humide. Prévenu, le Supérieur, constata que ce liquide n’était pas de l’eau mais une sorte de produit visqueux. Il craignit dès lors que le cercueil et le corps ne s’en trouvent détériorés.
Il réunit ses moines et en leur présence, fit ouvrir le tombeau. C’était le 25 février 1950. Le liquide sanguinolent traversait le cercueil et le mur de l’oratoire lui-même. Le Supérieur Général de l’Ordre, trouvant le corps toujours intact, prévint Sa Béatitude le Patriarche. Celui-ci ordonna une nouvelle reconnaissance du corps en présence de son délégué et du secrétaire. Une enquête canonique fut constituée et un comité de trois médecins experts réuni. Tous prêtèrent serment dans l’église d’Annaya, le 22 avril 1950, et procédèrent à l’ouverture du tombeau.
Dans la nef de l’église du monastère, en présence du Patriarche Maronite et du Supérieur Général de l’Ordre, entouré des moines d’Annaya, on ouvrit le cercueil et on constata les faits suivants : la sueur de sans observée en 1899 et en 1927 persiste toujours et, répandue sur tout le corps, elle imprègne les vêtements.
Une partie de la chasuble est moisie ; le fond du cercueil recouvert de zinc est fendu du côté des pieds ; le tube contenant les attestations de 1927 est détérioré par la rouille. Celles-ci cependant sont intactes.
C’était bien ce liquide sanguinolent qui s’échappait du cercueil et filtrait goutte à goutte à travers l’épaisseur du mur. Les témoins remarquèrent que tous les vêtements étaient littéralement mouillés et, çà et là, maculés de sang, spécialement l’aube. Ce liquide, répandu sur tout le corps, s’était coagulé et comme solidifié par endroits. Cependant, le corps conservait toute sa souplesse et on pouvait plier bras et jambes.
Le monastère d’Annaya fut envahi par une foule nombreuse, accourue de toutes parts, quoique non prévenue de la réunion de la Commission. Nombreux étaient les malades, les infirmes : aveugles, sourds, muets, paralytiques. Des guérisons aussi soudaines qu’étonnantes se produisirent, remplissant d’enthousiasme les pèlerins qui clamaient leur joie et qu’animait une intense émotion religieuse. Le corps replacé dans le tombeau soigneusement cimenté était encore une fois mis à l’abri de tout larcin et de tout culte.
Depuis ce jour, les foules, en un flot continu, n’ont cessé d’affluer, venues de tous les coins du monde, demandant aide et protection au saint ermite. Ni le mauvais état des routes, ni le manque de logement en ce lieu solitaire, ne peuvent freiner l’élan de ces pèlerins. Jour et nuit des vagues humaines y déferlent, se succèdent, comme si elles abordaient dans un havre de salut.
Et les prières montent sans interruption vers le ciel. Les conversions sont nombreuses parmi ces foules qui prient et implorent la guérison des corps et des âmes. Les prêtres dispensent nuit et jour les sacrements de Pénitence et de l’Eucharistie.
Sans cesse retentit, parmi les acclamations bruyantes et le tintement des cloches, le cri de « Miracle ! ». Tous réclament des reliques. A défaut, l’on ramasse un peu de terre dans la cour du couvent, à proximité du tombeau et l’on repart avec la même joie que si l’on emportait un trésor. Bien plus, le gigantesque chêne, sous lequel le pieux ermite avait coutume de prier, a été dépouillé successivement de ses feuilles puis de ses branches. Le tronc lui-même est devenu relique pour des milliers d’orants !...
Avec les feuilles on prépare des infusions et avec le bois, des décoctions destinées aux malades. Et ceux-ci accourent au monastère se disant guéris grâce à ce remède !

La conversion d'un ministre

Un beau matin, le ministre des finances, M. Lahoud, se rend au palais du président de la république Libanaise. Tout hors de lui, le ministre, chrétien non pratiquant, s’exclame :
  • - Tous ces bruits autour d’un moine sont ridicules ! La presse en parle ! Il faut intervenir et mettre fin à ses supercheries !
  • - Il faudrait voir sur place, intervient la femme du Président. C’est le seul moyen logique de se rendre compte de ce qui se passe là-haut.
  • - Tout cela sent l’imposture. C’est honteux de permettre dans notre Liban, si évolué, ces pratiques d’un autre âge !
  • - Le ministre, réplique familièrement le président, personne mieux que vous ne saurait juger l’affaire ! Allez donc à Annaya ! Montez voir ce qui se passe là-haut. A votre retour nous aviserons des mesures à prendre.
  • - Les gens sont fous ! poursuit le ministre. Un de mes voisins nommé Alq Wakim, malade depuis plus de 15 ans, vient de se faire transporter à Annaya ! Tout le quartier en parle ! C’est insensé !
D’un geste Le président lui coupe la parole :
  • - Aussi, lui dit-il, nous comptons sur votre diligence pour nous renseigner.
La voiture ministérielle roule à travers les lacets conduisant à Annaya. Cinq kilomètres avant d’atteindre le couvent, la circulation devient difficile. Une foule de gens, les uns à pieds voire à pieds nus, d’autres à dos d’âne, certains en voiture s’avancent en une file ininterrompue. Le ministre s’énerve d’autant plus que certains, surpris, l’ont reconnu !
Au parloir, le ministre est reçu par le Supérieur étonné lui aussi de cette visite inattendue de la part d’un homme politique connu pour ses idées très peu religieuses ! A peine ont-ils échangé quelques paroles que les applaudissements se déchainent à l’extérieur et que les cloches se mettent en branle !
Le ministre interpelle le Supérieur :
  • - Je vous en prie, je suis venu à titre privé. Faites cesser ces manifestations !
Le Supérieur qui ne peut cacher un sourire amusé, répond :
  • - Ce n’est pas pour vous, monsieur le ministre ! Nous n’avons pas été prévenus de votre visite. Mais ces braves gens ont dû probablement assister à quelque événement prodigieux et ils ne peuvent dissimuler leur joie !
  • - Des prodiges... Allons donc !
Réplique le ministre en faisant mine de se retirer. Il s’en va en effet, descend fébrilement l’escalier tandis que la foule houleuse l’entoure. Au moment où il traverse la cour, voici que, rayonnant et alerte, Alq Wakim se précipite sur lui.
  • - Vous ! Ici ! s’exclame-t-il.
  • - C’est bien vous, Alq ? lance le Ministre.
  • - Oui, c’est moi, comme vous le voyez ! Mais maintenant, grâce à saint Charbel, je suis guéri !
Le Ministre porte la main à son front. Il est bouleversé. Il murmure presque inconsciemment :
  • - Est-ce que je rêve, c’est affolant !
Puis se retournant vers le Supérieur qui l’a suivi :
  • - Père, je ne sais pas ce qui se passe en moi ! Cet homme, ce grand malade, je le connais depuis des années. La puissance divine qui vient de le guérir me guérit moi aussi de mon incrédulité ! Je crois en Dieu, en saint Charbel, en l’Eglise catholique, au ciel, à l’enfer, au diable !
Au livre des guérisons, c’est Monsieur Lahoud qui veut témoigner lui-même de la guérison dont il vient d’être témoin. Le moine préposé à ce livre, le voyant signer sans faire suivre son nom d’aucun titre, intervient :
  • - Voudriez-vous ajouter, s’il vous plait, « Ministre des Finances et Député du Mont-Liban » ?
  • - Ici, répond modestement le nouveau converti, près de la grandeur du Père Charbel, toute autre grandeur doit s’incliner. Je n’ajouterai donc pas de titre.
C’était le 3 mai 1950.

La répercussion

Sur une colline du Liban un ermite a prié, s’est sanctifié et dès lors les ondes mystérieuses de sa prière ne cessent de parcourir la terre. La presse, comme disait le Ministre Lahoud, s’est emparée du « cas » Charbel. Le monde est comme secoué par ce souffle surnaturel qui passe sur Annaya…
En moins de deux ans, 135.000 lettres venues de 95 nations ont pris place au musée du pauvre moine qui ne savait que prier, se taire, obéir, faire pénitence.
Que contiennent ces lettres ?
Une mèche de cheveux, un morceau d’étoffe, une photographie. Leurs propriétaires demandent qu’on dépose ces objets sur le cercueil du Père Charbel et qu’on les leur retourne ensuite. D’autres sollicitent une relique, une image, un brin d’herbe ou tout autre chose pourvu que cela ait été en contact avec « le saint ».
Certains expriment leur reconnaissance pour des faveurs obtenues. On ne saurait rester impassible à la lecture de ces lettres. On sent en effet palpiter à travers les lignes l’espérance d’une guérison ou d’une conversion.
Presque tous les pèlerins d’Orient, de Terre Sainte font un détour jusqu’à Annaya. Ils savent que l’âme religieuse du Liban s’incarne essentiellement dans ses lieux saints, à Notre Dame du Liban ou dans la Vallée de la Qadicha.
Mais l’ermitage d’un pieux ermite resplendit au sommet de la colline. C’est un plaisir pour les moines d’Annaya de servir de guide aux nombreux pèlerins qui, chrétiens ou non, viennent de partout visiter ce haut lieu de prière consacré au Père Charbel.
En leur montrant le linge et les ornements religieux dont le corps intact du pieux solitaire avait été revêtu, quelle émotion indicible on peut lire sur les visages !
  • - Pourquoi ces vêtements sont-ils trempés ? On dirait du sang !
  • - C’est en effet du sang, chers pèlerins ! Depuis son décès, le corps du Père Charbel, préservé de la corruption, transpire miraculeusement !


Un spectacle émouvant

C’est après sa mort que le Père Charbel, offre au monde, avec une générosité royale, la multitude de ses prodiges. Les malades guéris sont des plus divers, ils sont aussi de toutes religions et de tous pays. Dieu opère ces prodiges soit par l’attouchement du corps de son serviteur, soit par l’onction faites avec le liquide qui suinte de ses précieux restes, soit encore avec les linges qui en sont imprégnés ou qui lui ont appartenu.
Mais cette puissance divine qui fortifie et guérit ne se limite pas au corps. Ce sont les plaies de l’âme, sous toutes leurs formes, péché, indifférence, incroyance ou erreur qui sont guéries. C’est en effet la conversion des âmes que l’on découvre le plus souvent à travers les guérisons d’Annaya.
On a pu voir un spectacle émouvant au cours de l’année 1950. Des femmes de tout âge, appartenant à d’illustres familles, venir nu-pieds, sur une route défoncée et boueuse ; des jeunes gens, des vieillards, des enfants, des boiteux, des infirmes, des paralytiques se trainant à même le sol, les yeux remplis de l’espoir que le Père Charbel les prendrait en pitié.
Le monastère grouille de monde. L’Eglise est pleine d’une multitude priante. On entend des sanglots et des pleurs… mais le nom du Seigneur est sur toutes les lèvres. Devant la tombe du moine, les larmes mouillent le pavé, des fronts s’inclinent jusqu’à terre, les lèvres baisent les murs, les mains frappent les poitrines. Tous cherchent à toucher le tombeau. La maladie et la foi se sont donné ici rendez-vous.
Toute cette misère entassée ici, frappe, suppliante, aux portes de la Miséricorde, espérant qui un pied pour se tenir debout et marcher, qui un œil pour contempler la beauté de la lumière et des couleurs, qui une main pour se tendre à l’ami ou se rendre le service indispensable, qui une oreille pour entendre la voix d’une maman, d’un bien-aimé ou le chant des oiseaux…
Ces malades certes ne sont pas tous guéris , mais tous repartent soulagés, heureux, louant Dieu et son « saint » !

J’ai touché le corps du Père Charbel

Qu’il me soit permis de rapporter ici le témoignage de quelqu’un qui a vu de ses propres yeux et touché de ses propres mains.
Le 7 août 1952, une nouvelle exhumation avait lieu afin de dépister tout motif de doute auprès de certaines personnes concernant la conservation miraculeuse des restes mortels du serviteur de Dieu.
Sous la présidence du Cardinal et en présence du Révérendissime Supérieur général de l’Ordre, de douze évêques, de prêtres, des moines du monastère, d’un jury médical et d’un jury ecclésiastique, il est procédé à l’ouverture du tombeau.
Un mur épais scellé hermétiquement de grosses pierres cimentées se brise sous les coups répétés des marteaux et des pioches et des leviers.
Instant émouvant et critique ! Une foule considérable attend impatiemment devant les portes du couvent. Les pierres tombent une à une et voici qu’apparaît, posé sur deux pierres, le vieux cercueil recouvert d’un zinc très oxydé.
Les experts examinent le caveau : Tout est sec, sauf le bas du cercueil, mouillé d’un liquide séreux. On transporte le cercueil dans une salle et on l’ouvre sous les regards étonnés des assistants.
Qu’ai-je vu ? Un cadavre ? Non, car je n’ai pas éprouvé cette impression de peur que l’on ressent instinctivement devant un cadavre. C’est un homme endormi, un moine revêtu des ornements sacerdotaux. On retire le corps, on l’assoit. Les bras et les jambes se plient, la tête a conservé sa mobilité. On dépouille le corps des ornements et des linges qu’il porte. Ils sont entièrement mouillés. Le petit matelas est pourri sous le corps. L’oreiller est presque divisé en deux. Les ornements sacerdotaux, surtout l’aube, sont tachés de sang.
Des cheveux courts ornent encore la partie postérieure de la tête. J’aperçois les nerfs sous la peau, d’un brun foncé. Avant de l’exposer dans le nouveau cercueil, fait de bois de cèdre, vitré, on change une fois encore les vêtements du pieux ermite, après quoi on nous accorde le privilège de l’approcher et de lui baiser la main. Cette main, je l’ai touchée de mes propres mains, j’ai senti sous mes doigts une chair souple, presque palpitante et tiède ! J’éprouve encore cette émotion étrange qui m’a secoué alors !
Le corps, sans odeur, ne porte aucune trace de corruption et l’inexplicable sudation n’a pas cessé...

Si l’histoire du Père Charbel m’était contée

Les hommes témoins des prodiges d’Annaya : phénomènes lumineux, phénomènes de conservation, de transsudation, de guérisons, de conversions, sont aussi ceux d’un plus grand prodige, celui de la vie elle-même du moine Charbel.
J’éprouvais un plaisir sans égal à écouter ces vieillards, contemporains de l’ermite d’Annaya, racontant l’une des plus passionnantes histoires qui puissent nourrir l’esprit et charmer le cœur ! In ne s’agit pourtant pas d’une aventure légendaire mais bien d’une histoire vraie, d’un fait actuel qu’il serait aisé de vérifier et de contrôler en le recueillant des lèvres mêmes des témoins oculaires (rappelez-vous que ces écrits datent de 1950).
Le Père Charbel n’a rien écrit : aucun traité théologique ou mystique, pas même une lettre. Comme Jésus, il n’a écrit que sur les cœurs de ses heureux auditeurs. Ceux-ci dont beaucoup sont encore vivants, vont, en témoin immédiats, nous introduire dans le jardin secret de cette vie, l’une des plus originales qui soit dans l’histoire de l’Eglise. Elle apparaît dans son essence comme le prolongement du Mystère de la Rédemption. C’est en effet dans la plénitude de ce mystère, réactualisé sur l’autel que le Père Charbel a cherché et trouvé le Christ. N’est-ce pas toujours par l’Hostie Sainte que continue de s’opérer le salut du monde ?

Fin de la Première Partie

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